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Les vacances

C’est Noël et je retourne avec mes frères à Tarn Quan. Le voyage est long et il le sera de plus en plus, au fil des années, car les bombardements américains endommageront la ligne de chemin de fer. Dorénavant, je ne retournerai plus à la maison qu’une fois l’an, aux grandes vacances. Aussi, lorsqu’arrivent les vacances de Pâques, tout le monde est parti : les uns ont retrouvé leur famille, les autres un foyer de substitution chez leurs correspondants.

Nous sommes seuls en pension, Charley et moi. Le lycée paraît immense lorsqu’il est vide. Nous occupons un tout petit coin de la cour où la surveillante peut nous observer sans peine. Nous laisser libres dans le grand parc demanderait trop de vigilance. Un jour, la surveillante nous emmène en ville, dans une pâtisserie. Nous sommes gourmands et il y a des petits fours plus appétissants les uns que les autres. Ces petits fours, je les revois encore : de petits éclairs au chocolat, de minuscules choux à la crème, des tartelettes aux fruits, un véritable goûter de fête ! Après une assiette de petits fours, nous en avons une deuxième. Les vacances de Pâques se résument pour moi à ces gâteaux. Après cette expédition, nous estimons que nous avons été suffisamment choyés pour reprendre avec joie le travail jusqu’aux longues vacances d’été.

Lorsqu’elles arrivent, j’ai la coqueluche. L’infirmière me badigeonne de teinture d’iode et m’entoure la poitrine de bandelettes, comme une momie. Je prends le train pour un voyage de deux jours et demi. Entre Dalat et Tour Cham, la première station de plaine, il y a la crémaillère et le train descend aussi lentement qu’il monte. Dans les petites gares du parcours, des marchands ambulants viennent nous proposer des glands rôtis, dans leurs chapeaux coniques. Ils ont pour mesure une boîte de lait nestlé vide. Je n’ai pas d’argent de poche, je ne peux donc pas en acheter, mais quelques grandes filles m’en offrent et je trouve ces glands délicieux.

Après Tour Cham nous changeons de train pour prendre des couchettes et voyager dans la plaine. Lorsque le jour se lève nous apercevons la mer, tout en bas, au bord du cap Varella. Des volubilis d’un bleu intense recouvrent les rochers qui descendent à pic jusqu’au rivage frangé d’écume. Plus loin, dans les rizières, des jeunes filles, debout sur une diguette, font passer l’eau d’une rizière à l’autre. Un seau est attaché à deux cordes qu’elles tiennent et auxquelles elles impriment un mouvement régulier et gracieux, remplissant d’abord le seau dans une rizière, puis le vidant sans à-coup dans la rizière voisine, au terme de la courbe parcourue par leurs bras. Ce geste rythmique, ample et continu a quelque chose de fascinant dans son aisance apparente. L’eau passe comme par enchantement d’un bord à l’autre.

A Tarn Quan, mon père nous attend à la gare.

– Papa, j’ai le prix d’excellence.

– C’est très bien. Il faut continuer.

Les félicitations s’arrêteront là et je dois dire qu’elles me suffisent.

En me voyant, ma mère est toute surprise de constater que pendant mon trimestre à Dalat mon visage s’est piqueté de taches de rousseurs. Quand vient le soir, la Thi Ba me déshabille et appelle ma mère : mes bandelettes autour de la poitrine l’intriguent. Je leur apprend que j’ai la coqueluche.

– Comment ? Mais je ne t’ai pas entendue tousser !

C’est vrai. Je n’ai pas toussé depuis Tour Cham. La différence d’altitude entre Dalat et la mer a guéri cette coqueluche qui pourtant m’épuisait.

Pierrot et Martial sont avec nous. La famille est tout entière réunie. Un jour, les trois aînés décident d’aller camper de l’autre côté du contrefort de la chaîne annamitique, à Sa Huynh. Ils partent à pied, en emportant sur le dos leur tente et leur sac scout plein de provisions. Une semaine après, nous les voyons revenir les traits tirés, hâlés et amaigris. “C’est les émotions !” Ils nous racontent qu’ils ont monté leur tente sous les filaos de la plage, à l’abri du soleil — un campement magnifique —, L,a nuit venue, ils s’apprêtent à dormir lorsqu’ils entendent des chuchotements, et en tendant l’oreille, comprennent : “ma do’ ” : “ce sont des fantômes.” Les chuchotements et les voix se rapprochent — probablement des villageois intrigués qui n’ont jamais vu de tente et qui s’avancent, poussés par une curiosité mêlée d’effroi —. Que va-t-il se passer ? Vont-ils être assommés ?

Pierrot prend brusquement une décision : il saisit son coupe-coupe et part comme une flèche sous les filaos dont les branches et les longues aiguilles le fouettent au passage en sifflant. Les campagnards aperçoivent cette forme blanche lancée dans leur direction. C’est un fantôme, en vérité ! Ils prennent peur et s’enfuient au grand soulagement de nos campeurs. Le lendemain, mine de rien, les curieux viennent rôder autour de la tente et comprennent que ces fantômes ne sont pas bien dangereux.

Lorsque mes frères lèvent le camp après avoir épuisé leurs victuailles, et traversent à nouveau la montagne, le sentier raboteux et poussiéreux leur paraît long. Il fait un soleil de plomb, l’ombre est rare et ils commencent à avoir une soif ardente. Ces endroits sont déserts. Il n’y a pas âme qui vive. Quelques oiseaux de proie guettent, perchés sur des arbres morts et donnent à la scène un caractère de désolation. Pourtant, Yves croit apercevoir une petite paillote : c’est l’oasis dans le désert ! Mais les deux autres le mettent en garde : “Et si l’eau était empoisonnée, ou tout simplement si elle était pleine de microbes…” Yves n’y tient plus et malgré la réticence des deux autres, va demander à boire à une vieille femme accroupie devant sa masure. Elle verse un liquide à peu près clair dans un bol et le lui tend. Il boit d’un trait, mais alors qu’il se remet en marche, les deux autres commencent à l’effrayer, si bien qu’il a vite l’impression de ressentir comme une nausée et que, parvenu au premier tournant de la route, mais sûr de ne plus être vu de la vieille femme, il met le doigt dans le fond de sa gorge pour régurgiter cette eau qui lui avait paru salvatrice quelques instants auparavant.

Dalat et le petit lycée Yersin 2

Des garçons nous font un jour admirer les facettes miroitantes de pierres éclatées. Au soleil, elles étincellent comme des pierres précieuses. Nous avons l’impression qu’ils ont découvert une mine de diamants. Des après-midi entiers seront alors occupés à extraire ces pierres des flancs fraîchement tranchés du chemin creux qui mène aux cabanes — des silex, des pierres cristallines qui nous révèlent un coeur chatoyant et limpide. Nous mettons les plus belles dans les poches de nos manteaux, sûrs de posséder un trésor. Les miennes sont gonflées et prêtes à craquer, et bien vite le manteau se râpe autour des poches qui finissent par céder sous le poids de cet inestimable butin.

I1 nous arrive souvent, si le temps le permet, d’aller en promenade dans la forêt qui entoure Dalat. D’étranges surprises nous attendent certains jours : nous nous fourvoyons une fois dans un sentier bourbeux, entre des buissons qui ne mènent nulle part et nous découvrons avec stupeur que nous sommes couverts de sangsues. J’en ai dans les cheveux, j’en trouve plusieurs dans mes socquettes. Leurs deux extrémités sont fichées dans mon pied, à travers la socquette, tandis que le corps paraît à l’extérieur. J’essaie de les enlever. Je tire dessus. Impossible. Elles glissent et se dérobent. Une élève affolée nous crie : “la surveillante a dit de repartir,” et nous apercevons celle-ci qui fait un signe de la main. Elle a une main tremblante à cause, dit-on, d’un “coup de bambou” — c’est-à-dire un coup de soleil particulièrement violent — qu’elle a attrapé quand elle était jeune fille. Elle fait un geste circulaire : “dépêchez-vous, courez ! ”

Nous partons à deux ou trois, à toute allure ; nous filons comme des dératés, fuyant le plus vite possible ces lieux infestés de bêtes immondes. Nous courons dans la forêt jusqu’à ce que, épuisés, nous nous laissions tomber sur un tronc d’arbre abattu. Un groupe de garçons est déjà là. Nous attendons ensemble le reste de la troupe qui arrive quelque temps après, la surveillante en tête :

– Qu’est-ce qui vous a pris de courir ainsi ?

Elle s’adresse à moi, “la plus grande”, dit-elle (ce qui n’est pas du tout le cas), et elle accompagne sa question d’une paire de claques de sa main tremblante qui vient me fouetter comme une cravache.

– Et si un tigre vous avait emportés ?

J’avoue que je n’y avais pas pensé et que j’avais bien plus peur des sangsues.

– Puisque c’est ainsi, tu seras au pain et à l’eau.

La punition fut oubliée, mais sur le moment j’avais éprouvé une sourde envie de rébellion à l’idée d’être punie uniquement parce qu’on me croyait plus raisonnable que les grands dadais de garçons qui étaient partis en tête et étaient arrivés bien avant moi au tronc d’arbre.

Nous n’étions pas souvent punis, encore moins injustement. Ma seule heure de consigne, je la dois à mon chapeau, oublié dans le parc du lycée et ramassé par Boule de Neige, le concierge martiniquais. J’en fus quitte pour copier cent fois : “je n’oublierai pas mon chapeau.”

Pendant l’étude, lorsque le travail pour le lendemain était terminé, je feuillettais mon livre de lecture : chaque texte évoquait un moment de la vie de deux enfants de France, un frère et une sœur. Ils ne vivent pas comme nous, il y a des saisons en France : quand Jeannette va à l’école en octobre, elle marche sur les feuilles qui jonchent le sol. Comme ce doit être amusant de marcher sur un tapis de feuilles mortes, en avoir jusqu’aux genoux, les sentir craquer sous les pieds ! Elle passe sous la fenêtre d’une vieille dame, sur son chemin, et un jour la dame lui donne une grappe de raisin qu’elle attache à un Fil pour la faire descendre depuis le premier étage. Quelle chance de vivre dans un pays pareil où les vieilles dames vous donnent des grappes de raisin ! Tout cela a pour moi comme un parfum de paradis terrestre.

La France est le pays dont je rêve. Il y neige, il y a des cerises que l’héroïne du livre de lecture porte en pendentifs sur les oreilles. Certains enfants rêvent peut-être dtles ensoleillées et de vahinées se trémoussant au clair de lune au son de la guitare hawaïenne, moi je rêve de la France, de chaumières plongées dans la brame, de feux dans la cheminée, de vignobles pleins de vignerons qui déchargent en chantant leur hotte remplie de raisin noir et sucré. On ne peut jamais être malheureux en France, jamais malade, le bonheur est garanti.

Dalat et le petit lycée Yersin

Nous arrivons à Dalat où Yves et Odin nous conduisent au petit lycée, avant de rejoindre le grand lycée, de l’autre côté de la ville. Je n’ai pas encore sept ans. Je me retrouve dans un rang que la surveillante passe en revue. Elle demande à chacun son nom, mais lorsqu’elle m’aperçoit : “oh, alors là, je n’ai pas besoin du nom, c’est une sœur de Pierre et Martial.”

Je suis dans une étude avant le dîner. Ma malle n’est pas arrivée. Je me sens brusquement toute seule, je m’ennuie de mes parents et j’éclate en sanglots. La surveillante me fait venir à son bureau. Lorsqu’elle me demande la raison de ma tristesse, mes larmes redoublent et je m’entends répondre : “J’ai pas ma brosse à dents…” Elle me rassure et me dit que je peux prendre ma serviette, l’enrouler autour d’un doigt et y mettre mon dentifrice.

— Ni mon dentifrice…

lü aussi, je peux prendre mon savon, “ça lave très bien les dents”. Je retourne à ma place un peu calmée pour la brosse à dents, mais toujours avec le sentiment d’être perdue au milieu de ces visages tous inconnus.

Le lendemain, jour de classe, on me met en onzième, c’est-à-dire en cours préparatoire. La maîtresse écrit un mot au tableau : “château”. Elle me demande de le lire. Je m’exécute. Elle en écrit un autre, je le lis. Au bout de quelques instants de ce jeu, elle me prend par la main, va voir la directrice et une heure après, je me trouve en dixième, dans la même classe que Charley.

J’aime la classe. On y apprend toutes sortes de choses intéressantes. Pourtant la maîtresse — qui est sûrement une brave femme — a parfois une pédagogie un peu déroutante. Elle fait venir un jour une bavarde auprès d’elle, prend ses ciseaux et lui ordonne de tirer la langue pour la lui couper. Je me demande si elle va aller jusque-là et je comprends la résistance de la petite bavarde qui pour le coup n’ouvre plus la bouche. J’aime moins l’étude. Une fois les leçons apprises, je remplis des cahiers entiers d’exercices d’écriture ou je dessine, mais ces longues heures m’ennuient.

Le dimanche tous les pensionnaires sortent avec un correspondant. Je n’en ai pas et je dois rester au lycée avec Charley. YvesetOdin viennent parfois nous voir au parloir. Ils ont parcouru cinq kilomètres à pied, avec une permission spéciale de leur proviseur, mais c’est une joie trop brève, ils doivent repartir assez rapidement pour regagner leur lycée à temps.

Pendant les après-midi de liberté je retrouve les grandes filles de première qui aiment s’occuper de moi et qui font un peu office de mamans. Elles sont dans le grand parc du lycée, sous les pins si hauts que la branche horizontale de l’un d’eux supporte la corde lisse qui a dix mètres.

Le jeudi après-midi, nous descendons tout au fond du parc où nous faisons des maisons à l’aide de lianes et d’aiguilles de pins. Ouvrières industrieuses, nous travaillons par petits groupes à cueillir les lianes qui formeront la structure arachnéenne de nos logis, ou à ramasser les aiguilles de pins qui en constitueront le matériau de remplissage. Une fois ces maisons construites, nous nous rendons visite de l’une à l’autre et avons le sentiment de recréer une société en miniature.

De retour à Tant Quart 2

A la fin des grandes vacances, il est décidé que j’irai à mon tour à Dalat, ainsi que Charley. Le précepteur a bien rempli sa mission et maintenant nous devons suivre nos aînés et aller en pension. Yves et Odin sont encore au lycée Yersin alors que Pierrot et Martial ont commencé des études supérieures à Hanoï. C’est avec Yves et sous sa garde attentive que nous entreprendrons le long voyage.

La Thi Tarn se met à tricoter avec ardeur de magnifiques chandails. Nous allons à Qui Nhon essayer robes, shorts et chemises chez un tailleur à qui nos mensurations ont été envoyées. Nous passons ensuite chez le cordonnier : l’empreinte de nos pieds a été dessinée sur un carton que mon père lui a fait parvenir quelque temps avant notre passage. Tout cela met une certaine excitation dans l’air. Je n’ai jamais été séparée de mes parents et je n’ai aucune appréhension. Mais lorsque le moment de prendre le bac pour traverser la lagune arrive, je commence à sentir ma gorge se serrer.

Il fait déjà nuit et nous sommes tous devant le portail qui ouvre sur la lagune. J’embrasse ma mère, puis ma sœur — qui fond en larmes —. Il devient plus difficile d’être stoïque ; pourtant je monte dans le bac et alors que le passeur pousse sur sa perche et éloigne la barque, mon père me dit de crier : “te fais pas de bile, maman !” Je m’exécute, mais je ne connais pas l’expression et je ne sais pas si j’ai beaucoup de conviction.

Arrivés à la gare, nous attendons le train, un train qui ne manque jamais d’être en retard, parfois de plusieurs heures… Nous l’attendrons souvent, par la suite, seuls avec notre père, sans Yves et Odin qui nous donnaient une impression de sécurité. Lorsque la locomotive arrive, toute rutilante avec ses cuivres astiqués, je ressens à la fois terreur et fierté à l’idée de monter dans un train pareil, tracté par un engin si puissant, qui envoie comme des ondes trépidantes dans le sol et dont chaque aller-retour du piston s’accompagne d’un jet de vapeur et d’un sifflement. L’air est chaud et vibrant près de la locomotive.

Le train n’a qu’une minute d’arrêt. Nous montons dans un wagon avec des banquettes en bois. Mon père installe les valises, nous embrasse, fait quelques recommandations et saute sur le quai au moment où le convoi s’ébranle. Nous retrouverons plus tard la voiture des élèves du lycée. Le long voyage commence. Yves veille à nous faire prendre un cachet de quinine pendant le repas, pour prévenir le paludisme. Le parcours se fait d’ordinaire en deuxième classe, dans des wagons comportant des couchettes confortables — avec draps bien bordés et couverture — que le garçon de cabine rabat le matin pour les transformer en sièges. Nous sommes accompagnés par une surveillante ou l’infirmière du lycée qui veille à ce que tout se passe bien.

A Tour Cham, nous changeons de motrice et prenons une locomotive à crémaillère, poussive mais vaillante, qui nous tire en haletant et en nous aspergeant d’escarbilles, dans un parcours sinueux jusqu’en haut du plateau du Lang Biang où se trouve Dalat. A certains endroits de l’ascension l’allure est si lente qu’on peut suivre le train à pied. Par la fenêtre, au lever du jour, nos yeux émerveillés découvrent la beauté et la majesté de ces montagnes, les hauts sommets voilés de brume et les ravins vertigineux, et nous pénétrons dans cette forêt dense, odoriférante, pleine d’une force jeune, intacte, comme aux premiers jours de la création.

De retour à Tant Quart

Nous retrouvons Tam Quan comme nous l’avons laissé, avec la véranda absente côté lagune, mais les grands arbres sont là, le jardin sablonneux, la haie d’épineux, les dunes de sable blanc et brûlant, si brûlant qu’un jour où nous avons oublié nos chaussures pour aller à la plage, nous avons recours à deux briques lancées l’une devant l’autre afin d’y poser les pieds. Il faut se percher sur une jambe et se pencher, sans perdre l’équilibre, pour ramasser la première brique et la jeter en avant. Gare aux pieds si durant l’opération on quitte son perchoir pour le sable ! Marcher sur des braises ne doit pas être tellement plus douloureux.

Mon père nous fait le plus beau cadeau qui soit : un sampan, dans lequel nous partons pour des promenades interminables sur la lagune. Il y a de petits îlots, couverts d’une végétation un peu grasse et d’arbustes tourmentés et rabougris dont les branches pendent dans l’eau. Lorsque nous passons près d’eux, mes frères les éclaboussent avec ardeur et agressivité en criant : “Macaroni !” Je ne sais pas que l’Italie est entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne, mais de ma main en coupelle j’asperge le plus énergiquement possible ces arbrisseaux que nous couvrons d’opprobre, en criant encore plus fort que les autres.

L’une de nos promenades favorites nous emmène de l’autre côté de la lagune vers un arbre énorme qui devait être un ficus. II a les pieds dans la vase et pousse au milieu d’un fouillis de palétuviers, montés sur les échasses de leurs racines adventives. Une fois au pied du ficus, seuls mes grands frères ont le droit de monter dans les branches massives. Il faut dire qu’elles sont larges et plates sur le dessus. Pourtant, un jour, arrivé au faîte de l’arbre, Yves est pris de vertige et ne peut plus bouger. Il s’accroche à sa branche, se couche dessus, mais est incapable de descendre et les deux aînés ont beaucoup de mal à l’accompagner de branche en branche, jusqu’en bas.

Mon père rêve d’avoir une ruche et des abeilles. Il étudie la question, commande deux ruches d’Adam et se procure des essaims. Les ruches sont cubiques et posées sur des tréteaux sous la véranda, de part et d’autre de l’escalier, côté mer. Les abeilles sont tout à fait domestiquées et mon père me montre que l’on peut les caresser. “N’aie pas peur, elles ne te piqueront pas.” Je passe ma main entre les rayons ; je sens toute une petite vie, chaude et vibrante, alors que je les caresse et que je les cueille à pleines poignées. Elles s’envolent sans se presser lorsque je les ramène à l’air libre. C’est étrange, cette confiance apparente des abeilles, et pourtant lorsqu’Odin passe sous la véranda, il fait un détour pour éviter la ruche car les abeilles deviennent agressives à son approche et volent avec impatience autour de lui.

Nos abeilles produisent un excellent miel que l’on récolte une fois l’an. Ce jour-là le jardinier aide mon père à sortir les rayons pleins d’un nectar blond et liquide, ou de gelée royale plus dense et sèche. J’aime sentir le miel fondre dans la bouche avec les alvéoles qui semblent passer de l’état presque liquide à celui de pâte pour devenir de la cire bien compacte et collante entre les dents.

Un matin tout le monde est en émoi : la jeune reine est arrivée à l’âge adulte et la cohabitation n’étant pas de mise chez les hyménoptères, l’une des deux reines quitte la ruche, accompagnée de son essaim. C’est l’affolement parmi les domestiques : ils saisissent l’un une casserole, l’autre une poêle, un troisième une touque et frappent à qui mieux- mieux, remplissant l’air d’un vacarme métallique assourdissant. Les abeilles se laissent impressionner : elles arrêtent leur fuite et s’accrochent à une branche, dans la haie d’ingas. Le jardinier essaie de les capturer, mais elles reprennent leur vol, nuage noir et hésitant, aux contours en perpétuelle transformation, jusqu’au moment où elles adoptent une branche du lilas du japon. Martial et Yves sont prêts à les cueillir. J’assiste à la capture, d’en bas. Un grand sac de toile est présenté sous l’essaim, un coup sec est asséné sur la branche qui les supporte, et l’essaim tombe d’un bloc dans le sac que Martial referme, emportant son butin frémissant vers une ruche toute prête à l’accueillir. L’exercice a été exécuté avec dextérité. Seule une abeille a manqué le sac et tombe sur mon front. Une douleur cuisante m’indique qu’elle m’a piquée. Yves retire le dard et m’explique que. la pauvre a payé de sa vie la piqûre qu’elle m’a faite.

Les dangers de Ba Ngoi 2

Tous les soirs, le jardin était balayé par les faisceaux puissants des projecteurs des navires de guerre japonais. Les longs pinceaux lumineux passaient à près de deux mètres de hauteur, s’arrêtaient sur notre jardin un bon moment, puis continuaient leur ballet dans les airs et sur la terre. Jamais à court d’idées, mes frères ne trouvèrent rien de mieux que de monter sur une chaise pour recevoir les rayons éblouissants en pleine figure, tout en faisant des grimaces et des pitreries. Je les imitai, bien entendu, mais j’étais trop petite pour accrocher la lumière. Je ne sais ce que les Nippons comprirent de nos gesticulations, mais le lendemain l’un de leurs officiers vint demander des explications à mon père. J’ai toujours cru qu’il y avait un rapport de cause à effet entre nos clowneries et la visite du Japonais.

Lorsque les vacances furent terminées, mes grands frères furent conduits à la gare par un véritable convoi de pousse-pousse car la famille ne tenait pas tout entière dans la voiture. Il faisait nuit et nous devions traverser une partie de la forêt avant d’atteindre la gare qui se trouvait à plusieurs kilomètres de la maison. Tout le long du chemin les coolies- pousse s’interpellaient à voix haute, lançaient des “ho” et des “hé” ou chantaient, remplissant la forêt de mélodies aux lignes sinueuses, qui se terminaient par une note haute et tenue. Lorsqu’un coolie n’avançait pas au même rythme que les autres, ses compagnons ralentissaient le pas pour qu’il n’y ait jamais un véhicule isolé. J’étais dans le même pousse que Charley et nous comprenions ce que les coolies criaient bien fort : “ông cop do”‘, “il y a un tigre là-bas.” Le tigre est appelé “le seigneur tigre,” par respect pour ce bel animal et peut-être aussi pour s’attirer ses bonnes grâces, car l’imaginaire des indigènes était peuplé d’histoires de tigres ; ils y occupaient une place royale. Que reste-t-il de cette peur ancestrale du tigre dans ce pays où elle était à la fois crainte et vénération ? Avec la guerre, le passage des Américains et l’administration des défoliants, la majesté de ce grand félin remplit-elle encore les villageois d’effroi ?

Notre passage à Ba Ngoi fut coupé par des vacances à Dalat, la station climatique. Le précepteur nous suivit et nous donna assidûment ses leçons. Il faisait froid et nous devions porter des pulls pour la première fois. Il ne me reste de ce séjour que le souvenir des montagnes qu’une écharpe de brume voilait le matin, des grands pins qui escaladaient les sommets et répandaient sous le soleil de midi une délicieuse odeur de résine. Dalat, c’est aussi le sureau couvert d’ombelles blanches, près de la maison que mes parents louaient, le grand lac au pied du massif du Lang Biang et le cercle nautique “la Grenouillère” où les Européens se retrouvaient et, dominant le lac, le grand lycée Yersin où mes frères étaient pensionnaires. Pour une enfant de la brousse comme moi, Dalat avait un air civilisé et opulent qui me fascinait. Il y avait une épicerie au centre ville, qui le soir était éclairée à l’électricité, comme toute la station, et qui offrait aux chalands des fruits répartis par catégorie dans des présentoirs disposés en cercle autour d’un pilier. C’était une épicerie comme on en trouve parfois dans les quartiers populaires en France, où les produits étaient exposés sans grand effort de présentation et sans souci particulier pour leur fraîcheur. 11 devait y avoir quelques oranges, des mandarines, des bananes, mais je me souviens surtout des noix qui traînaient dans l’un des compartiments. Je n’en avais jamais vu et j’avais l’impression qu’elles représentaient le sommet de la gourmandise. Il n’y avait ni abondance ni luxe, et pourtant je me serais crue dans le corridor de la tentation.

Peu de temps après notre retour à Ba Ngoi mon père fut nommé pour la seconde fois à Tarn Quan qu’il avait tant regretté. Nous partîmes donc joyeux pour ce lieu qui avait gardé à nos yeux toute sa fascination.

Les dangers de Ba Ngoi

Ba Ngoi se trouve près de la baie de Cam-Ranh qui, à cette époque-là, abritait la flotte de guerre japonaise. En 1905, les forces navales russes — en route vers le Japon qu’elles voulaient corriger — avaient mouillé dans ses eaux profondes, avant de se faire anéantir à Tsushima par la marine nippone. Une langue de terre, portant la voie ferrée, avançait sur la mer. Un militaire était censé y monter une garde vigilante. Je ne sais pas si la passe était bien surveillée, mais les tigres, eux, n’échappaient pas à l’oeil du gardien. Notre Thi Ba aimait nous emmener à la pointe, histoire de bavarder avec les quelques hommes qui traînaient par là, des coolies ou des matelots de la douane. Nous fûmes surpris un jour de trouver devant le petit bâtiment du garde un magnifique tigre, étendu sur le flanc, comme endormi. La bonne s’approche, nous la suivons. Elle caresse la fourrure fauve à poil ras, aux longues raies noires, quand brusquement, le tigre se ramasse, sursaute comme s’il allait bondir. La Thi Ba fait un bond en arrière, part en courant, et nous laisse dans les pattes du tigre… Heureusement, celui-ci ne s’est pas redressé ; après la spectaculaire secousse, il est retombé, inerte : pendant que nous étions occupés à le contempler, remplis d’une admiration mêlée de crainte, le garde avait subrepticement tiré sur la queue du félin dont le corps avait été tout entier parcouru par une grande onde comme s’il recouvrait la vie. Le subterfuge découvert ne nous ôta pas la frayeur qu’il avait provoquée. Il nous resta de cette aventure une sorte de “peur du tigre,” un peu comme on a peur du loup, des fantômes ou du ma quy, à cette différence près qu’elle était fondée sur une réalité, car nous savions que la forêt toute proche en était infestée.

A Ba Ngoi, le mirador où nous allions dormir avait été installé par nos prédécesseurs sur un énorme rocher en pain de sucre qui surplombait la mer, au fond du jardin. Il y avait juste la place d’une petite paillote où nous dormions, Charley et moi, avec nos parents. L’air de la mer venait apporter un peu de fraîcheur et nous permettait de passer des nuits reposantes. Astrid, encore bébé, dormait à l’extérieur avec la Thi Ba, derrière la paillote : le berceau y avait été hissé et pour y accéder, il fallait longer notre cabane par un passage étroit que nous devions suivre sans faire d’écart sous peine de faire un saut à la verticale dans les vagues qui venaient s’écraser sur la roche, tout en bas. Le rocher du mirador me paraissait avoir au moins vingt mètres de haut ; il n’en avait peut-être que la moitié, mais lorsque la bonne tomba dans la mer, par une nuit sans lune, elle dut trouver la chute interminable. Heureusement, l’eau était profonde au pied du rocher, aucune aspérité malencontreuse ne vint la blesser et, avec l’aide de mon père, elle put rejoindre sans mal la terre ferme.

Quand mes grands frères furent en vacances, ils trouvèrent les chambres trop étouffantes et souhaitèrent dormir dehors. Pendant leur séjour à Ba Ngoi, ma mère fit installer leurs lits dans le jardin : quatre lits munis de moustiquaires — une véritable chambrée en plein air —. Il y avait un pomme cannelier dans lequel un matin ma mère aperçut un serpent fouetteur ou “fouette queue”, reptile long et mince, dont une moitié du corps s’enroule à une branche pendant que la partie caudale fouette tout ce qui passe à sa portée. Ses coups de cravache laissent une plaie cuisante qui a du mal à s’effacer. Sous leur moustiquaire, mes frères plaisantaient au sujet du serpent fouetteur, mais ils ne se doutaient pas que la forêt qui venait mourir dans le jardin recélait un danger plus grand encore : quelques jours après le départ de mes parents, leurs successeurs eurent la surprise de voir sous leurs fenêtres, au petit matin, un tigre à la recherche d’une proie facile, et que la faim probablement avait fait sortir de la forêt.

Les mystères de Dégi 8

Ils sortent donc du lycée sans attirer l’attention, et les voilà partis, décidés à en découdre, quitte à camoufler par n’importe quel artifice leur âge tendre. Ils prennent tous les deux le train pour Hanoï — la police à leurs trousses dans les plus brefs délais —, essaient d’échapper au contrôleur qui a leur signalement en se cachant dans les toilettes, puis dans le soufflet entre les wagons, enfin dans les filets à bagages où ils sont pris et identifiés. Etant donné leur âge, ils sont conduits devant le Résident Supérieur qui les réprimande, leur fait comprendre la stupidité de leur démarche, puis les confie à son épouse, une excellente femme, qui connaît la sévérité de mon père en matière d’éducation. Elle est toute douceur, toute gentillesse, et les garde auprès d’elle pendant une semaine, le temps de prévenir les familles et surtout de solliciter indulgence et compréhension en leur faveur. Les deux fugueurs sont traités comme des coqs en pâte, dorment dans la plume, ont droit à des croissants au petit déjeuner, et quittent à regret le Palais de la Résidence où ils ont été dorlotés.

La requête de l’épouse du Résident Supérieur fut bien reçue par mon père qui fit preuve d’une souplesse et d’une clémence auxquelles nous n’étions pas habitués. Martial n’avait d’ailleurs aucun besoin de semonce, il était bien assez penaud en voyant les soucis qu’il causait à nos parents : il fut, bien sûr, renvoyé de l’internat du lycée Yersin. Le proviseur le garda comme externe, mais mon père dut trouver une famille qui acceptât de l’accueillir en milieu d’année scolaire. A la rentrée suivante, il fut inscrit en première au lycée Albert Sarraut d’Hanoi, mais pour l’heure, il rejoignit Dalat et remit à plus tard ses projets de résistance. Au lycée, il retrouva Pierrot, notre frère aîné qui, en guise de réception, laissa tomber ce jugement bref et sans appel : “tu es un utopiste”. Martial eut le reste de l’année scolaire pour méditer sur le sens du mot.

Nous aimions Dégi, mais mon père regrettait toujours Tarn Quan et rêvait d’y retourner. Il fut nommé à Ba Ngoi. Une fois de plus il fallut procéder au déménagement et j’attendais avec impatience le jour du départ, toute réjouie à l’idée de faire un long voyage en voiture.

L’état des routes laissait à désirer et nous étions bien secoués, mais la chaîne annamitique que nous parcourions dans sa longueur était belle. Des pitons rocheux se dressaient au-dessus de la végétation foisonnante qui les engloutissait à moitié. Dans la plaine nous longions des rizières inondées, véritables miroirs qui nous renvoyaient l’image des nuages. Des buffles puissants et paisibles les labouraient, tirant une charrue rudimentaire que guidait un paysan. Parfois, de tout jeunes garçons surveillaient un troupeau de buffles qui paissaient les herbes des diguettes séparant les rizières, ou les liserons d’eau, les pattes dans la vase. On disait que lors des violents orages qui s’abattent brutalement sur ce pays, un troupeau entier pouvait être foudroyé et le petit gardien, assis tout nu sur le dos de l’un de ces ruminants, subissait le même sort.

Dans un virage mon père freina brutalement, trop tard cependant pour éviter d’arracher la barrière d’un passage à niveau. Elle était constituée d’un bambou qui ne causa pas de dommage à la voiture. Le garde-barrière arriva en gesticulant et en jurant ses grands dieux qu’il allait avoir des ennuis. Mon père rédigea sur le champ une lettre à l’administration des chemins de fer de l’Indochine pour lui expliquer que le passage à niveau était mal placé et mal signalé. Il reçut quelque temps après une lettre d’excuses et l’assurance que les installations allaient être modifiées.

Les mystères de Dégi 7

Nous descendîmes à l’hôtel Morin, en face du pont Clemenceau qui enjambait la Rivière des Parfums. Nous nous levâmes tôt pour aller chez le dentiste. Charley commençait à avoir peur, si bien qu’une fois dans le cabinet du dentiste, je dus monter la première sur le siège — “pour donner l’exemple,” disait mon père — et subir la fraise sans broncher. Ce n’était pas très agréable et je ne connaissais pas ces instruments qui viennent vous creuser les dents en faisant un bruit à vous donner la chair de poule. J’attrapai chaud à force de me maîtriser, mais j’eus plus d’appréhension que de mal. Lorsqu’arriva le tour de Charley, ce fut une autre histoire. Il s’assit à moitié sur le siège, prêt à bondir et à se sauver. Le dentiste le saisit par les épaules et l’installa bien au fond du fauteuil. Il n’eut pas plus tôt pris sa spatule que Charley prétendit avoir mal. La séance fut longue et houleuse. Une claque fut même administrée à un moment par le dentiste. Les deux adultes passèrent des exhortations aux sommations, des sommations aux remontrances, des remontrances aux injures. Lorsqu’enfin la dent fut obturée, Charley fut délivré. Il était en nage. Nous rentrâmes à l’hôtel à pied, le temps que mon frère recouvre ses esprits, non sans subir toutes sortes d’admonestations pour l’avenir.

Nous prîmes le train de retour jusqu’à Phu My, puis nous remontâmes la lagune en sampan. Il faisait nuit. L’eau était immobile. Le sampan avançait silencieusement Seule la perche faisait un petit bruit en plongeant dans l’eau, mais un phénomène curieux nous remplit de surprise et de joie : de grandes traînées phosphorescentes se déplaçaient dans l’eau, par ondes successives. Elle en était zébrée, animée, grouillante, comme du vif argent. Le sampanier nous dit que c’étaient des poissons qui, à cette époque de l’année, avaient cette particularité. Le trajet nous parut court. Nous avions tous les yeux fixés sur l’eau et des exclamations fusaient lorsque les bancs de poissons étaient denses et que la lagune s’éclairait brusquement en nappes chatoyantes.

Nous accostâmes entre les piliers de l’appontement. Un homme, qui avait attaché illégalement son sampan à l’un des pilotis et pêchait dans l’obscurité, se fit rappeler à l’ordre par mon père. Docilement, il se mit à défaire son amarre et à dégager son embarcation. Je ne sais par quel moyen nous arrivâmes à atteindre la plate-forme, mais une fois en haut, dans la nuit noire, mon père nous cria : “Attention, n’avancez pas, vous tomberiez à l’eau !” Il n’avait pas fini sa phrase lorsqu’on entendit un “plouf,” puis plus rien, puis un bruit de bras et de jambes qui se débattent, et après quelques secondes qui nous parurent une éternité, la voix de l’homme au sampan nous criant qu’il avait repêché le garçon : c’était Charley. On le hissa tant bien que mal sur l’appontement. Des domestiques étaient venus nous attendre. Ma mère arriva pour trouver Charley mouillé de pied en cap et couvert de sang : les piliers de l’appontement étaient hérissés d’huîtres, et dans sa chute le pauvre diable avait été labouré par les coquilles tranchantes comme des scalpels.

Alors que mes frères étaient en pleine année scolaire à Dalat, mon père reçut un télégramme venant de Hué et disant que Martial était chez le Résident Supérieur de l’Annam et allait prendre le train pour Dégi. Mon père était consterné. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais j’avais l’impression que c’était grave. C’était en effet très grave : Martial s’était sauvé du lycée et avait été rattrapé à Hué. Mon père ne fut prévenu que plusieurs jours après, et une lettre de l’épouse du Résident demandait son indulgence.

En fait, quelque temps après la déclaration de guerre, il fut question clandestinement de préparer une résistance pour le cas où l’Indochine serait envahie par le Japon, mais les choses n’en étaient encore qu’à l’état de projet ; de plus, des accrochages avaient lieu à la frontière siamoise. Martial avait quinze ans, la tête pleine de rêve, de générosité et d’intrépidité. Il imagina, avec un camarade du lycée, de se mettre au service de la France en danger dans cette partie du monde, et la seule voie possible était, pensaient-ils, la Légion étrangère dont le recrutement se faisait à Hanoï.

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