Dalat et le petit lycée Yersin 2

Des garçons nous font un jour admirer les facettes miroitantes de pierres éclatées. Au soleil, elles étincellent comme des pierres précieuses. Nous avons l’impression qu’ils ont découvert une mine de diamants. Des après-midi entiers seront alors occupés à extraire ces pierres des flancs fraîchement tranchés du chemin creux qui mène aux cabanes — des silex, des pierres cristallines qui nous révèlent un coeur chatoyant et limpide. Nous mettons les plus belles dans les poches de nos manteaux, sûrs de posséder un trésor. Les miennes sont gonflées et prêtes à craquer, et bien vite le manteau se râpe autour des poches qui finissent par céder sous le poids de cet inestimable butin.

I1 nous arrive souvent, si le temps le permet, d’aller en promenade dans la forêt qui entoure Dalat. D’étranges surprises nous attendent certains jours : nous nous fourvoyons une fois dans un sentier bourbeux, entre des buissons qui ne mènent nulle part et nous découvrons avec stupeur que nous sommes couverts de sangsues. J’en ai dans les cheveux, j’en trouve plusieurs dans mes socquettes. Leurs deux extrémités sont fichées dans mon pied, à travers la socquette, tandis que le corps paraît à l’extérieur. J’essaie de les enlever. Je tire dessus. Impossible. Elles glissent et se dérobent. Une élève affolée nous crie : “la surveillante a dit de repartir,” et nous apercevons celle-ci qui fait un signe de la main. Elle a une main tremblante à cause, dit-on, d’un “coup de bambou” — c’est-à-dire un coup de soleil particulièrement violent — qu’elle a attrapé quand elle était jeune fille. Elle fait un geste circulaire : “dépêchez-vous, courez ! “

Nous partons à deux ou trois, à toute allure ; nous filons comme des dératés, fuyant le plus vite possible ces lieux infestés de bêtes immondes. Nous courons dans la forêt jusqu’à ce que, épuisés, nous nous laissions tomber sur un tronc d’arbre abattu. Un groupe de garçons est déjà là. Nous attendons ensemble le reste de la troupe qui arrive quelque temps après, la surveillante en tête :
– Qu’est-ce qui vous a pris de courir ainsi ?
Elle s’adresse à moi, “la plus grande”, dit-elle (ce qui n’est pas du tout le cas), et elle accompagne sa question d’une paire de claques de sa main tremblante qui vient me fouetter comme une cravache.
– Et si un tigre vous avait emportés ?
J’avoue que je n’y avais pas pensé et que j’avais bien plus peur des sangsues.
– Puisque c’est ainsi, tu seras au pain et à l’eau.
La punition fut oubliée, mais sur le moment j’avais éprouvé une sourde envie de rébellion à l’idée d’être punie uniquement parce qu’on me croyait plus raisonnable que les grands dadais de garçons qui étaient partis en tête et étaient arrivés bien avant moi au tronc d’arbre.
Nous n’étions pas souvent punis, encore moins injustement. Ma seule heure de consigne, je la dois à mon chapeau, oublié dans le parc du lycée et ramassé par Boule de Neige, le concierge martiniquais. J’en fus quitte pour copier cent fois : “je n’oublierai pas mon chapeau.”

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Pendant l’étude, lorsque le travail pour le lendemain était terminé, je feuillettais mon livre de lecture : chaque texte évoquait un moment de la vie de deux enfants de France, un frère et une sœur. Ils ne vivent pas comme nous, il y a des saisons en France : quand Jeannette va à l’école en octobre, elle marche sur les feuilles qui jonchent le sol. Comme ce doit être amusant de marcher sur un tapis de feuilles mortes, en avoir jusqu’aux genoux, les sentir craquer sous les pieds ! Elle passe sous la fenêtre d’une vieille dame, sur son chemin, et un jour la dame lui donne une grappe de raisin qu’elle attache à un Fil pour la faire descendre depuis le premier étage. Quelle chance de vivre dans un pays pareil où les vieilles dames vous donnent des grappes de raisin ! Tout cela a pour moi comme un parfum de paradis terrestre.

La France est le pays dont je rêve. Il y neige, il y a des cerises que l’héroïne du livre de lecture porte en pendentifs sur les oreilles. Certains enfants rêvent peut-être dtles ensoleillées et de vahinées se trémoussant au clair de lune au son de la guitare hawaïenne, moi je rêve de la France, de chaumières plongées dans la brame, de feux dans la cheminée, de vignobles pleins de vignerons qui déchargent en chantant leur hotte remplie de raisin noir et sucré. On ne peut jamais être malheureux en France, jamais malade, le bonheur est garanti.

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