Dalat et le petit lycée Yersin

Nous arrivons à Dalat où Yves et Odin nous conduisent au petit lycée, avant de rejoindre le grand lycée, de l’autre côté de la ville. Je n’ai pas encore sept ans. Je me retrouve dans un rang que la surveillante passe en revue. Elle demande à chacun son nom, mais lorsqu’elle m’aperçoit : “oh, alors là, je n’ai pas besoin du nom, c’est une sœur de Pierre et Martial.”
Je suis dans une étude avant le dîner. Ma malle n’est pas arrivée. Je me sens brusquement toute seule, je m’ennuie de mes parents et j’éclate en sanglots. La surveillante me fait venir à son bureau. Lorsqu’elle me demande la raison de ma tristesse, mes larmes redoublent et je m’entends répondre : “J’ai pas ma brosse à dents…” Elle me rassure et me dit que je peux prendre ma serviette, l’enrouler autour d’un doigt et y mettre mon dentifrice.
— Ni mon dentifrice…
lü aussi, je peux prendre mon savon, “ça lave très bien les dents”. Je retourne à ma place un peu calmée pour la brosse à dents, mais toujours avec le sentiment d’être perdue au milieu de ces visages tous inconnus.

Le lendemain, jour de classe, on me met en onzième, c’est-à-dire en cours préparatoire. La maîtresse écrit un mot au tableau : “château”. Elle me demande de le lire. Je m’exécute. Elle en écrit un autre, je le lis. Au bout de quelques instants de ce jeu, elle me prend par la main, va voir la directrice et une heure après, je me trouve en dixième, dans la même classe que Charley.

J’aime la classe. On y apprend toutes sortes de choses intéressantes. Pourtant la maîtresse — qui est sûrement une brave femme — a parfois une pédagogie un peu déroutante. Elle fait venir un jour une bavarde auprès d’elle, prend ses ciseaux et lui ordonne de tirer la langue pour la lui couper. Je me demande si elle va aller jusque-là et je comprends la résistance de la petite bavarde qui pour le coup n’ouvre plus la bouche. J’aime moins l’étude. Une fois les leçons apprises, je remplis des cahiers entiers d’exercices d’écriture ou je dessine, mais ces longues heures m’ennuient.

Le dimanche tous les pensionnaires sortent avec un correspondant. Je n’en ai pas et je dois rester au lycée avec Charley. YvesetOdin viennent parfois nous voir au parloir. Ils ont parcouru cinq kilomètres à pied, avec une permission spéciale de leur proviseur, mais c’est une joie trop brève, ils doivent repartir assez rapidement pour regagner leur lycée à temps.

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Pendant les après-midi de liberté je retrouve les grandes filles de première qui aiment s’occuper de moi et qui font un peu office de mamans. Elles sont dans le grand parc du lycée, sous les pins si hauts que la branche horizontale de l’un d’eux supporte la corde lisse qui a dix mètres.
Le jeudi après-midi, nous descendons tout au fond du parc où nous faisons des maisons à l’aide de lianes et d’aiguilles de pins. Ouvrières industrieuses, nous travaillons par petits groupes à cueillir les lianes qui formeront la structure arachnéenne de nos logis, ou à ramasser les aiguilles de pins qui en constitueront le matériau de remplissage. Une fois ces maisons construites, nous nous rendons visite de l’une à l’autre et avons le sentiment de recréer une société en miniature.

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