Les vacances

C’est Noël et je retourne avec mes frères à Tarn Quan. Le voyage est long et il le sera de plus en plus, au fil des années, car les bombardements américains endommageront la ligne de chemin de fer. Dorénavant, je ne retournerai plus à la maison qu’une fois l’an, aux grandes vacances. Aussi, lorsqu’arrivent les vacances de Pâques, tout le monde est parti : les uns ont retrouvé leur famille, les autres un foyer de substitution chez leurs correspondants.

Nous sommes seuls en pension, Charley et moi. Le lycée paraît immense lorsqu’il est vide. Nous occupons un tout petit coin de la cour où la surveillante peut nous observer sans peine. Nous laisser libres dans le grand parc demanderait trop de vigilance. Un jour, la surveillante nous emmène en ville, dans une pâtisserie. Nous sommes gourmands et il y a des petits fours plus appétissants les uns que les autres. Ces petits fours, je les revois encore : de petits éclairs au chocolat, de minuscules choux à la crème, des tartelettes aux fruits, un véritable goûter de fête ! Après une assiette de petits fours, nous en avons une deuxième. Les vacances de Pâques se résument pour moi à ces gâteaux. Après cette expédition, nous estimons que nous avons été suffisamment choyés pour reprendre avec joie le travail jusqu’aux longues vacances d’été.

Lorsqu’elles arrivent, j’ai la coqueluche. L’infirmière me badigeonne de teinture d’iode et m’entoure la poitrine de bandelettes, comme une momie. Je prends le train pour un voyage de deux jours et demi. Entre Dalat et Tour Cham, la première station de plaine, il y a la crémaillère et le train descend aussi lentement qu’il monte. Dans les petites gares du parcours, des marchands ambulants viennent nous proposer des glands rôtis, dans leurs chapeaux coniques. Ils ont pour mesure une boîte de lait nestlé vide. Je n’ai pas d’argent de poche, je ne peux donc pas en acheter, mais quelques grandes filles m’en offrent et je trouve ces glands délicieux.

Après Tour Cham nous changeons de train pour prendre des couchettes et voyager dans la plaine. Lorsque le jour se lève nous apercevons la mer, tout en bas, au bord du cap Varella. Des volubilis d’un bleu intense recouvrent les rochers qui descendent à pic jusqu’au rivage frangé d’écume. Plus loin, dans les rizières, des jeunes filles, debout sur une diguette, font passer l’eau d’une rizière à l’autre. Un seau est attaché à deux cordes qu’elles tiennent et auxquelles elles impriment un mouvement régulier et gracieux, remplissant d’abord le seau dans une rizière, puis le vidant sans à-coup dans la rizière voisine, au terme de la courbe parcourue par leurs bras. Ce geste rythmique, ample et continu a quelque chose de fascinant dans son aisance apparente. L’eau passe comme par enchantement d’un bord à l’autre.

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A Tarn Quan, mon père nous attend à la gare.
– Papa, j’ai le prix d’excellence.
– C’est très bien. Il faut continuer.
Les félicitations s’arrêteront là et je dois dire qu’elles me suffisent.
En me voyant, ma mère est toute surprise de constater que pendant mon trimestre à Dalat mon visage s’est piqueté de taches de rousseurs. Quand vient le soir, la Thi Ba me déshabille et appelle ma mère : mes bandelettes autour de la poitrine l’intriguent. Je leur apprend que j’ai la coqueluche.
– Comment ? Mais je ne t’ai pas entendue tousser !
C’est vrai. Je n’ai pas toussé depuis Tour Cham. La différence d’altitude entre Dalat et la mer a guéri cette coqueluche qui pourtant m’épuisait.
Pierrot et Martial sont avec nous. La famille est tout entière réunie. Un jour, les trois aînés décident d’aller camper de l’autre côté du contrefort de la chaîne annamitique, à Sa Huynh. Ils partent à pied, en emportant sur le dos leur tente et leur sac scout plein de provisions. Une semaine après, nous les voyons revenir les traits tirés, hâlés et amaigris. “C’est les émotions !” Ils nous racontent qu’ils ont monté leur tente sous les filaos de la plage, à l’abri du soleil — un campement magnifique —, L,a nuit venue, ils s’apprêtent à dormir lorsqu’ils entendent des chuchotements, et en tendant l’oreille, comprennent : “ma do’ ” : “ce sont des fantômes.” Les chuchotements et les voix se rapprochent — probablement des villageois intrigués qui n’ont jamais vu de tente et qui s’avancent, poussés par une curiosité mêlée d’effroi —. Que va-t-il se passer ? Vont-ils être assommés ?

Pierrot prend brusquement une décision : il saisit son coupe-coupe et part comme une flèche sous les filaos dont les branches et les longues aiguilles le fouettent au passage en sifflant. Les campagnards aperçoivent cette forme blanche lancée dans leur direction. C’est un fantôme, en vérité ! Ils prennent peur et s’enfuient au grand soulagement de nos campeurs. Le lendemain, mine de rien, les curieux viennent rôder autour de la tente et comprennent que ces fantômes ne sont pas bien dangereux.

Lorsque mes frères lèvent le camp après avoir épuisé leurs victuailles, et traversent à nouveau la montagne, le sentier raboteux et poussiéreux leur paraît long. Il fait un soleil de plomb, l’ombre est rare et ils commencent à avoir une soif ardente. Ces endroits sont déserts. Il n’y a pas âme qui vive. Quelques oiseaux de proie guettent, perchés sur des arbres morts et donnent à la scène un caractère de désolation. Pourtant, Yves croit apercevoir une petite paillote : c’est l’oasis dans le désert ! Mais les deux autres le mettent en garde : “Et si l’eau était empoisonnée, ou tout simplement si elle était pleine de microbes…” Yves n’y tient plus et malgré la réticence des deux autres, va demander à boire à une vieille femme accroupie devant sa masure. Elle verse un liquide à peu près clair dans un bol et le lui tend. Il boit d’un trait, mais alors qu’il se remet en marche, les deux autres commencent à l’effrayer, si bien qu’il a vite l’impression de ressentir comme une nausée et que, parvenu au premier tournant de la route, mais sûr de ne plus être vu de la vieille femme, il met le doigt dans le fond de sa gorge pour régurgiter cette eau qui lui avait paru salvatrice quelques instants auparavant.

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